Avant-propos

Depuis l’avènement du règne de René II, duc de Lorraine et de Bar, jusqu’à l’invasion française décidée par Louis XIII et Richelieu en 1633, le duché de Lorraine jouit d’une situation géographique et politique d’importance au sein de l’Europe. Terre de passage entre les possessions hispaniques au Sud et au Nord et territoire intermédiaire entre la France à l’Ouest et l’Empire à l’Est, les premiers ducs de Lorraine savent tirer parti de cette position stratégique mais dangereuse en nouant des alliances stratégiques avec les différentes parties. Le duché a la réputation d’être un territoire prospère et fertile, la Cour de Nancy celle d’une assemblée fastueuse à l’égal des plus grandes Cours d’Europe : « le sacre d’un Roi de France à Reims, le couronnement d’un Empereur germanique à Francfort et l’enterrement d’un Duc de Lorraine à Nancy (voilà les trois évènements qu’il faut avoir vus) ». De même que les autres Cours en Europe plongeant dans le Rinascimento en Italie et la Renaissance débutante en France, les princes lorrains s’entourent d’artistes pour célébrer leur gloire. L’invention de l’imprimerie et le développement de la gravure artistique vont permettre la diffusion des images de propagandes louant les fastes de ces Cours : ainsi pour la Lorraine les images gravées de la Pompe funèbre de Charles III à Nancy, l’entrée du Prince de Phalsbourg, le combat à la barrière en l’honneur de la duchesse de Chevreuse, répondent aux portraits royaux gravés de François Ier, à la Pompe funèbre de la Reine d’Espagne ou encore aux gravures des fêtes de la Cour des Médicis.
Melchior Tavernier, Plan du siège de Nancy par l'armée française en 1633, 1633
Plan, 41 x 47,5 cm
Bibliothèque Nationale de France
Dès le règne de René II (1470-1508), humaniste instruit, et de son épouse Philippe de Gueldre, la Lorraine est un foyer artistique de grande qualité : les artistes dont s’entoure le prince sont sollicités également par les princes de France, preuve de leur réputation et de leur savoir-faire. Parmi eux l’enlumineur Georges Trubert ou les sculpteurs Gauvain Mansuy ou Ligier Richier ainsi que les maîtres verriers lorrains à la réputation exceptionnelle au XVIème siècle. Cette émulation artistique se poursuit au XVIIème siècle, avec la présence particulièrement nombreuse de peintres et de graveurs. Ce foisonnement artistique trouve sa justification en partie dans l’organisation très hiérarchisée de la société de l’Ancien Régime, héritée du Moyen-âge, dans laquelle le statut social s’affirme par la couleur et l’image : armoiries, décors de carrosses, tenue vestimentaire et même livrée du personnel, bijoux sont confiés aux artistes. De plus, la relation de patronage qui s’instaure entre les artistes et le prince, lorsque celui-ci passe pour un protecteur des arts, explique également la présence nombreuse des artistes à la cour de Lorraine.
Cette relation sert autant le prince, qui suit alors les préceptes du bon courtisan de Castiglione, que l’artiste qui acquiert un statut social plus élevé, correspondant aux revendications débutées en Italie au XVème siècle. Enfin, une dernière justification à cette grande présence d’artistes se trouve dans le militantisme de la religion catholique dans le duché. La prospérité du duché permet la construction et la rénovation de nombreux établissements, églises et couvents, sollicitant un grand nombre de peintres, sculpteurs, orfèvres, etc. pour leur décoration.
Cependant, malgré la prospérité du duché, toute la société ne profite pas de cette vie luxueuse. Bien que proches de la cour, les artistes lorrains prennent le temps de décrire cette partie de la population lorraine moins privilégiée, voire miséreuse, vivant dans l’ombre de cette brillante cour de Lorraine, à la marge de ses préoccupations.
Gaillard, René II duc de Lorraine, 1700/1800
Gravure au burin sur papier vergé, 252 x 184 mm
Bibliothèque de Nancy
Jacques Callot, Les grandes misères de la guerre, La bataille, 1633
Estampe sur papier, 112 x 216 mm
Bibliothèques - Médiathèques de Metz
Problématique et objectif de l’exposition
Nous avons choisi d’exposer le regard des artistes graveurs lorrains du XVIIe siècle sur cette population durant la période prospère du duché de Lorraine, avant son invasion par les Français en 1633. Que disent-ils de ces « petites » gens, quelle image en véhiculent-ils ? Comment traduisent-ils leur place au sein de la société lorraine ?
Pour éclairer cette notion de place, une première réponse peut être d’ordre géographique et physique. Ainsi la représentation des lieux de vie loin des fastes de la Cour est le sujet de la première partie de l’exposition. La deuxième détaille les personnes occupant ces lieux et la façon dont ils sont représentés. Qu’en est-il de ceux qu’on ne souhaitait pas voir du tout ? Les deux parties suivantes leur sont consacrées : les marginaux et les étrangers. La cinquième explore les marges à proprement parler des gravures. Enfin, la dernière partie explore les reprises des images créées par ces graveurs chez les artistes qui leur ont succédé.

Choix du médium de l’exposition
Nous avons opté pour une exposition virtuelle par l’intermédiaire d’un site internet.
L’exposition virtuelle a l’inconvénient de ne pas permettre de contact avec le public et donc empêche la médiation par transmission directe des connaissances, et surtout ne permet pas la confrontation réelle avec les œuvres, moment où se révèlent au plus fort les intentions de l’artiste.
Cependant, ce choix permettait d’éviter certains écueils d’une exposition physique : en premier lieu la question de la disponibilité des œuvres ainsi que les procédures de prêt et de transport. En ce qui concerne les facilitations pour le public, l’exposition virtuelle supprimait les contraintes liées d’abord à la limitation de l’espace d’exposition au sein de la Bibliothèque Stanislas imposant de restreindre le nombre d’œuvre pour s’adapter à la place disponible, peut-être au dépens du discours, ensuite à la difficulté d’accès aux gravures liée au mode d’exposition (à plat en vitrine trop haute ou trop basse ou sur un mur trop éloigné) ou à la fréquentation de l’exposition, et enfin la possibilité pour le visiteur d’effectuer des agrandissements d’images de gravures pour en inspecter les détails sans contrainte de temps. Par ailleurs, le site internet permet de créer à l’infini les outils de médiation pour toucher tous les publics : les jeunes enfants ou les personnes en situation de handicap mental en adaptant le discours, les malvoyants avec les descriptions audio déjà utilisées pour les films, les personnes empêchées physiquement en supprimant les difficultés d’accès à une galerie d’exposition.
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