Présentation des collections
Ill. 1. François Collignon, Veüe d’un des environs de Nancy, 1700/1749
Gravure à l’eau-forte rehaussée de burin sur papier vergé, 105 x 206 mm
Bibliothèque de Nancy
I/ Les lieux
Avec la Renaissance, le paysage n’occupe plus uniquement l’arrière-plan et devient le sujet à part entière du dessin. La maîtrise des proportions, de la perspective atmosphérique et des procédés de la gravure permet de rendre la profondeur des lieux.
Inspirés de la gravure hollandaise, les artistes lorrains, comme Claude Gellée ou Israël Silvestre, représentent les lieux de vie quotidienne de la population dans une perspective plus large intégrant le paysage naturel. De cette façon, ils font passer leur point de vue et des sentiments personnels. Ces motifs sont dessinés en atelier et sont le résultat de la combinaison de reconstitution de paysages vus et de l’imagination des artistes. Sur le modèle des Vedute ou des Capricci, les artistes intègrent des architectures imaginaires, en rapport avec leurs émotions intérieures.
Ill. 2. Sébastien Leclerc, Profil de la ville de Metz, 1660
Estampe 111 x 305 mm
Bibliothèque de Metz
Ill. 3. Jacques Callot, L’Hospice, Les caprices, 1617
Estampe 60 x 83 mm
Bibliothèque de Metz
Ill. 4. Jacques Callot, L’hôpital ou Misères de la guerre faite par Jacques Callot et mise en lumière par Israël Henriet, Les misères et les malheurs de la guerre, 1636
Éditeur Israël Henriet.
Estampe 58 x 118 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 5. François Collignon, Le moulin à vent armé de ses toiles, 1610/1687
Gravure à l’eau-forte sur papier vergé, 116 x 209 mm
Bibliothèque de Nancy
Ill. 6. François Collignon, La petite ferme ou le Miracle d’Elie, 1625/1687
Estampe 92 x 145 mm
Bibliothèque de Nancy
Ill. 7. Jacques Callot, L’auberge, Les Caprices, 1617
Estampe 60 x 85 mm
Bibliothèque de Metz
Ill. 8. Jacques Callot, Le patre et les ruines, Les Caprices, 1621/1622
Estampe 55 x 80 mm
Bibliothèque de Metz
Ill. 9. Claude Gellée dit le Lorrain, La danse sous les arbres, 1651
Gravure à l’eau-forte sur papier vergé, 144 x 202 mm
Bibliothèque de Nancy
Ill. 10. Claude Gellée dit le Lorrain, Le pont de bois, 1651
Gravure à l’eau-forte sur papier vergé 132 x 198 mm
Bibliothèque de Nancy
Focus
Callot, bien que railleur et observateur impitoyable, sait reproduire son pays lorrain : sa simplicité dans les paysages, les villages lorrains, comme sur cette représentation de la foire à Gondreville, localité proche de Nancy.
Quand Callot choisit l’eau-forte comme technique de gravure, il se trouve confronté à une difficulté technique, celle de représenter les nuances de gris les plus légères. Il ne trouve pas l’équilibre satisfaisant entre les différentes valeurs et les différents plans. De façon fortuite à l’occasion d’une commande pour des orfèvres, l’aquaforiste découvre leur vernis solide, dur. Ceci lui permet de protéger de l’acide les zones des plaques qui devaient rester les plus claires lors des bains successifs et d’obtenir des morsures très légères ou très profondes selon son choix. Ces grandes variétés rendent, au moment de l’impression, un effet de perspective atmosphérique et de profondeur de champ jusque-là inaccessible avec les procédés de gravures habituels. C’est une révolution dans l’art de la gravure.
La peinture de paysage fait son apparition en Italie au XVIe siècle avec l’école des Carrache. Elle atteint son apogée au XVIIe siècle. Claude Gellée, qui a fait sa formation en Italie, est considéré, avec Poussin, comme un maître du paysage dans la peinture française.
Le traitement du paysage résulte d’un compromis entre le Vrai et le Beau, le beau étant également l’utile, comme un troupeau dans une prairie par exemple. La réalité est corrigée, augmentée pour atteindre un niveau de perfection esthétique, en y ajoutant, par exemple des éléments architecturaux, ici inspirés de l’Antiquité.
La composition se doit d’être équilibrée, les scènes représentées rentrant dans le cadre, en respectant la perspective. Le dessin y occupe une place d’importance. Gellée est particulièrement réputé pour le traitement de la lumière dans ses peintures. Ce qui se retrouve également dans cette gravure.
Le paysage devient le thème de l’œuvre, les personnages représentés n’y occupant qu’une place très réduite.
II/ Les petits métiers
Peut-être que c’est en réaction à l’art flamand qu’ils ont pu voir, celui de Pieter Bruegel par exemple, que les artistes lorrains représentent de plus en plus souvent la vie des humbles vivant loin des fastes de la cour. Des motifs classiques appréciés des amateurs collectionneurs sont repris par tous les artistes : repas rustique, vieil homme ou vieille femme, musiciens, joueur de vielle… Si les représentations sont toujours faites sans sensiblerie et de manière de plus en plus réaliste, tous les artistes n’adoptent pas le même point de vue. Ainsi, les gravures de Jacques Callot comportent une certaine irrévérence, là où son contemporain, le peintre Georges de La Tour, représente ces gens du peuple avec un esprit plutôt documentaire, neutre. Ses peintures relèvent de la scène de genre, là où les gravures de Callot isolent le personnage provoquant un regard plus dur chez le spectateur. Toutefois, pour certains d’entre eux, le graveur opte pour un nouveau point de vue, de dessous, magnifiant la figure qui semble dominer et l’observateur et la foule représentée en arrière-plan.
A
Ill. 13. Pierre Woeiriot de Bouzey, Vigneron arrachant sa vigne, 1571
Estampe 90 x 98 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 14. Pierre Woeiriot de Bouzey, Le Distrait, 1571
Estampe 90 x 98 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 15. Jacques Callot, Le jardinier ou La vie de la mère de Dieu représentée par des emblèmes, 1628/1629
Estampe 82 x 60 mm
Bibliothèques-Médiathèques de Metz
Ill. 16 Jaques Callot, Le paysan se déchaussant, Les caprices, 1617
Estampe 60 x 85 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 17. Jacques Callot, Le paysan qui salue, Les caprices, 1617
Estampe 60 x 85 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 18. Jacques Callot, Le paysan tenant un gobelet, Les caprices, 1617
Estampe 60 x 85 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 19. Jacques Callot, Le berger jouant de la flûte, Les Caprices, 1617
Estampe 60 x 85 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 20. Jacques Callot, Le paysan assailli par les abeilles, Les caprices, 1617
Estampe 60 x 85 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 21. Claude Gellée dit le Lorrain, Berger et bergère conversant, 1651
Gravure à l’eau-forte sur papier, 195 x 256 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 22. François Collignon, Le pâtre qui fait marcher son troupeau, 1610/1687
Gravure à l’eau-forte sur papier vergé, 115 x 207 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 23. François Collignon, Un coche, 1610/1687
Gravure à l’eau-forte sur papier vergé, 106 x 204 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 24. François Collignon, Le pêcheur à la ligne, 1610/1687
Gravure à l’eau-forte sur papier vergé, 116 x 221 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 25. Jacques Callot, Le bourreau, Miracles de Notre-Dame de l’Annonciation de Florence, 1614/1615
Estampe 153 x 85 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 26. Jacques Callot, On tue le veau gras ou Le boucher, L’enfant prodigue, 1635
Estampe 60 x 80 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 27. Jacques Callot, La dévideuse et la fileuse, 1621/1625
Estampe 110 x 140
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 28. Gabriel Salmon, L’auteur écrivant à son pupître, 1526
Estampe 128 x 104 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 29. Jacques Callot, Portrait de Deruet, 1632
Estampe 360 x 235 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 30. Claude Gellée dit le Lorrain, Le dessinateur, 1635/1636
Gravure à l’eau-forte sur papier vergé, 132 x 185 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 31 Jacques Callot, Balli di Sfessania : Capitaine Babeo, Cuccuba, 1621/1622
Estampe sur papier, 81 x 100 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 32. Jacques Callot, Les deux pantalons se tournant le dos, Les caprices, 1617
Estampe, 60 x 85 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Focus
Outre les bains d’acide et la nature du vernis détaillés précédemment, la technique de dessin en elle-même permet d’obtenir des nuances de gris : par des hachures plus ou moins serrées, plus ou moins épaisses, des pointillés … Avec son expérimentation du vernis dur, Jacques Callot peut alléger ses tailles et contre-tailles tout en obtenant des effets encore plus variés. Il a moins besoin de croiser ses lignes et utilise alors un procédé de ligne unique. Cette simplification du trait apporte plus de netteté à ses dessins pour les petits motifs.
Ces extraits de ses études sur le thème de la paysanne au panier montrent les dessins préparatoires de l’artiste et cette nouvelle façon d’utiliser le trait.
Patalon et Zani sont des figures de la Comedia dell’arte qui diffuse en Europe. Ce sont des comédiens, des comiques se déplaçant en troupe ou en compagnie. Instruits, certains jouent dans les théâtres et les palais, pour la plupart sur des tréteaux dans les rues. Callot les a vus lors des fêtes italiennes et reproduit les gestuelles de ces personnages très populaires.
Ces gravures datent de la période italienne de Jacques Callot, lors de son apprentissage chez Thomassin. Ce dernier recevait la visite du graveur Villamena dont le travail aurait inspiré ce type de composition à Jacques Callot : de grands personnages au premier plan, dont la prestance fait fuir le paysage situé derrière eux. L’arrière-plan est très soigné, détaillé mais vu de très loin, en contrebas du personnage principal, magnifié par le choix du point de vue du dessous.
III/ Les gueux
Le vielleur est un thème intermédiaire entre les pauvres et les truands. Ces sujets suscitent en principe la pitié du spectateur. C’est un topos qui plaît aux collectionneurs et Jacques Callot en invente une série qui marque l’histoire de cette représentation. Dans le frontispice du recueil des Gueux, pensé d’après la littérature contemporaine sur l’escroquerie, l’artiste représente la liste des méfaits qui leur sont attribuables. Toutes les gravures sont imprégnées d’une atmosphère de honte. Contrairement aux métiers, le point de vue choisi pour les représenter vient toujours du dessus, écrasant le personnage comme un jugement. Ces images sonnent également comme un avertissement adressé au spectateur, une méfiance entretenue vis-à-vis du sujet qu’il contemple.
Ill. 37. Jacques Callot, Frontispice, Les Gueux ou Les mendiants ou Les Baroni, 1622/ 1623
Estampe 240 x 180
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 38. Jacques Callot, Le joueur de vielle, Les gueux, 1622/ 1623
Estampe 245 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 39. Jacques Callot, Le gueux assis et mangeant, Les Gueux, 1622/1623
Estampe sur papier 93 x 144 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 40. Jacques Callot, Le malingreux, Les Gueux, 1622/1623
Estampe 254 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 41 Jacques Callot, La borgnesse, Les gueux, 1622/1623
Estampe 245 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 42. Jacques Callot, Le mendiant au rosaire, Les gueux, 1622/1623
Estampe 245 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 43. Jacques Callot, L’aveugle et son compagnon, Les gueux, 1622/1623
Estampe 245 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 44. Jacques Callot, Les deux mendiantes, Les gueux, 1622/1623
Estampe 245 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 45. Jacques Callot, La mendiante au rosaire, Les gueux, 1622/1623
Estampe 245 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 46. Jacques Callot, Le mendiant aux béquilles coiffé d’un chapeau et vu de dos, Les gueux, 1622/1623
Estampe 245 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 47. Jacques Callot, Le mendiant aux béquilles coiffé d’un bonnet, Les gueux, 1622/1623
Estampe 245 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 48. Jacques Callot, Les deux pèlerins, Les gueux, 1622/1623
Estampe 245 x 180 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 49. Claude Gellée dit le Lorrain, Scène de brigands, 1633
Gravure à l’eau-forte sur papier, 133 x 203 mm
Bibliothèques de Nancy
Focus
Cette œuvre gravée est un peu à part dans l’œuvre de Jacques Callot. Le procédé est assez peu usité par l’artiste et on le retrouve dans une autre gravure : Le bénédicité.
Le chalcographe y explore les extrêmes des possibilités de la gravure pour reproduire une scène de nuit. La difficulté technique réside dans les tailles très croisées, très denses pour rendre la profondeur de la nuit mais qui ne permettent pas la création d’un dégradé de lumière. Lors de la mise sous presse, on obtient un effet « on-off » avec des plages très sombres et des plages de lumière très claires sans la transition que permettrait la peinture.
Les vers gravés autour du dessin font référence à une série de Callot : le fils prodigue. Autour d’une table de jeu, le fils prodigue vient en aide à une dame dont le jeu est révélé par un brigand à l’aide d’un miroir placé derrière elle. Une autre femme joue de la harpe. Callot connaissait-il les scènes de nuit de Georges de La Tour ? On retrouve en effet, dans une scène de nuit, les thèmes récurrents du concert à table, du jeu et du tricheur. La position du bras du soldat rappelle également Le Reniement de Saint Pierre de Georges de La Tour.
La maraude est une gravure faisant partie du très célèbre recueil de dix-huit estampes Les misères et les malheurs de la guerre. Ces dessins datent d’avant l’invasion de la Lorraine par la France et de la dévastation du duché. Ils ne sont pas réalisés « sur le vif » à partir de croquis comme cela a pu arriver pour les représentations des foires. Callot s’est très probablement inventé ses gravures à partir de scènes vues dans d’autres pays en guerre. Il existe par ailleurs une littérature commune abondante au XVIIe siècle sur les méfaits des troupes de soldats. Ces motifs ont été travaillés plusieurs fois par l’artiste et on en retrouve déjà présents dans la gravure du siège de Breda.
IV/ Les étrangers, les bohémiens et les esclaves
La position géographique du duché de Lorraine en fait une terre de passage, mais pas forcément de brassage. La Lorraine revendique son statut de royaume indépendant et sait subjuguer les visiteurs étrangers qui la traversent ne tarissant pas d’éloges à leur retour. Mais pour ceux qui y vivent sans en être originaire, comme les Bohémiens encore appelés Égyptiens, les choses sont bien différentes. Il existe une législation les concernant. Ils sont intégrés à la société comme hommes d’arme, les capitaines égyptiens fidèles à leur seigneur, ou comme saisonniers pour les travaux agricoles, ou pour le « métier de bohémien ». Intégrés mais étrangers, immergés dans la société lorraine (et française par ailleurs) ils revendiquent pourtant eux-mêmes un certain détachement, par la langue, par l’aspect physique et vestimentaire, comme le montre la lecture des minutes des procès faits aux bohémiens pour vagabondage. Leur itinérance dérange, mais « on ne peut pas les confondre avec des gueux ». Une mythologie se crée autour de ce peuple, entretenue aussi bien par les autochtones que les bohémiens eux-mêmes.
Pour d’autres étrangers, le sort est encore plus dur. En effet la Lorraine, avec le marché aux esclaves de Verdun, participe à l’économie de l’esclavage mise en place depuis l’Antiquité. Les victimes viennent surtout de l’Est, pays slaves, Russie, Asie, transitant par la vallée mosane en direction de Lyon et du sud de la France.
A
Ill. 52. Nicolas Béatrizet, L’adoration des mages, 1515/1570
Gravure au burin sur papier vergé, 355 x 255 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 53. Jacques Bellange, Melchior : suite des Rois Mages, 1600/1616
Gravure à l’eau-forte, 282 x 135 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 54. Jacques Bellange, Gaspard : suite des Rois Mages, 1600/1616
Gravure à l’eau-forte sur papier vergé, 281 x 165 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 55. Jacques Callot, Défaite de la cavalerie turque, La vie de Ferdinand 1er de Médicis, 1615
Estampe 194 x 303 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 56. Jacques Callot, Le turc vu de dos, Varie figure, 1617
Estampe 90 x 90 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 57. Jacques Callot, Le turc vu de face, la main droite posée sur la hanche, Varie figure, 1617
Estampe 90 x 90 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 58. Jacques Callot, Les deux trucs coiffés d’un turban avec une aigrette, Varie figure, 1617
Estampe 90 x 90 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 59. Jacques Callot, La halte des bohémiens : les apprêts du festin, Les bohémiens, 1621/1625
Estampe 165 x 280 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 60. Jacques Callot, La halte des bohémiens : les diseuses de bonne aventure, Les bohémiens, 1621/1625
Estampe 165 x 280 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 61. Jacques Callot, Les bohémiens en marche ou L’avant garde, Les bohémiens, 1621/1625
Estampe 170 x 285 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 62. Jacques Callot, Les bohémiens en marche : L’arrière garde ou Le départ, Les bohémiens, 1621/1625
Estampe 125 x 240 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Focus
Jacques Bellange est un peintre de cour reconnu en Lorraine : on parlait de « la galerie des Cerfs de Bellange » au palais ducal de Nancy. Premier à utiliser l’eau-forte en France, il produit des gravures assez tard dans sa carrière. Une cinquantaine de gravures lui sont attribuées, dont de nombreuses d’inspiration religieuse post-tridentine.
Une grande unité de style caractérise l’ensemble de son œuvre gravé : théâtral et presque excessif, le style de Bellange se nourrit des maniérismes d’Europe : allemand, hollandais, italien et bellifontain.
Toutes ses inventions sont des créations propres pour ses gravures, il ne réinterprète pas ses tableaux. Il y intègre la lumière, des jeux de regards et de postures. La gravure semble être pour lui un espace d’expression artistique très libre. Toujours vifs et spontanés, ses traits sont profonds ou légers, réalisant de riches nuances de gris, reproduisant l’effet obtenu par l’alternance de l’utilisation de la plume et du lavis dans ses dessins. Malgré une production de gravures tardive dans sa carrière, l’artiste fait montre d’une grande maitrise de la taille et de la contre-taille pour obtenir les contrastes nécessaires à l’équilibre des plans, des valeurs et des matières : hachures opposées aux pointillés ou aux lignes esquissées.
Jacques Callot est un observateur attentif de sa société mais pas réellement un pamphlétaire.
La Lorraine, et en particulier Verdun, participe à l’économie de l’esclavage dès le Moyen-âge. Une importante quantité d’esclaves venus de l’Est y transitent en direction des villes du sud de la France.
Par ailleurs, la période est également sensible aux charmes de l’orient et les imaginaires des artistes y trouvent grand nombre de motifs d’illustration. Le deuxième nom de cette gravure est La Petite Vue de Paris et le sujet est en réalité la représentation de la libération de prisonniers chrétiens des ottomans, signalés par leurs costumes turcs.
V/ Les marges des gravures
Le statut de l’artiste change à l’époque moderne et tous ne travaillent plus uniquement à la reproduction de motifs sur commande. Jacques Callot en est un exemple marquant : il est un graveur d’invention, c’est-à-dire qu’il choisit son sujet, pense le dessin et le réalise. Disséminé dans son œuvre, son esprit joueur, ironique et parfois grinçant amène une originalité très appréciée à ses inventions. Tout à la joie ludique de la création, il est le premier à effacer les frontières entre œuvre et spectateur en intégrant des personnages, des scènes et des actions en marge du dessin, presque sur le cadre.
Ill. 65. Jacques Callot, Frontispice, Les fantaisies, 1635
Estampe, 80 x 100 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Ill. 66. Jacques Callot, Illustrissimo maximoque viro D. Ludovico Phelypeaux Dno ou La Tentation de Saint-Antoine (2e planche), 1635
Estampe, 356 x 461
Bibliothèques de Nancy
Ill. 67. Jacques Callot, Siège de la Rochelle : bordure d’encadrement en haut à gauche, 1630
Estampe, 123 x 280 mm
Bibliothèques de Nancy
Ill. 68. Jacques Callot, Frontispice des Gobbi, Les Gobbi, 1621
Estampe sur papier, 86 x 60 mm
Bibliothèques – Médiathèques de Metz
Focus
Deruet est un peintre de la Cour lorraine, formé en Italie chez Thomassin et le Cavalier d’Arpin. Il y apprend la bonne composition, les nobles attitudes et le fa presto. A son retour en Lorraine, il prend la place de Jacques Bellange qui vient de disparaitre. Son activité est dominée par la peinture, mais il laisse quand même des œuvres gravées remarquables.
On y retrouve, comme dans sa peinture, une science de l’atmosphère dans ses paysages et l’intégration de la nature dans ses compositions. Dans cette gravure, il fait montre d’une grande habileté technique sans donner le sentiment de l’effort : la sprezzatura. La sprezzatura, selon Vasari, fait partie des qualités qu’un artiste moderne accompli se doit d’avoir pour maitriser la bella maniera, avec la rapidité, l’aisance dans la pratique, l’expérience, l’imagination créative, la grâce et la maîtrise du dessin.
La gravure est partout : sur les coffrets, en orfèvrerie, sur les accessoires du quotidien. Celle-ci pourrait ainsi s’adapter à un éventail.
La gravure date de la période italienne de Jacques Callot et représente la fête de tisserands et des teinturiers de Florence, donnant une joute sur l’Arno. A ces occasions, l’artiste remplissait des carnets de croquis au crayon et à la sanguine : on y retrouve une grande vivacité dans le dessin qu’il reproduit dans les gravures.
Cet éventail est une composition nouvelle de Callot : le cadre du dessin est intégré dans la composition et devient une frontière floue entre le spectacle et le spectateur : qui regarde quoi et d’où ? Le cadre est également l’occasion d’ajouter des scènes secondaires dans la scène principale, des motifs divertissants.
Ce format d’éventail rencontre un grand succès. Il est repris par Nicolas Cochin l’ancien dans Le triomphe de David.
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